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La fin des cheminées de Collombey

La raffinerie a perdu ses derniers symboles de puissance jeudi 21 mai 2026. Les deux cheminées hautes d’une centaine de mètres sont tombées en 20 secondes devant une foule de spectateurs.

=> Prochainement: une vidéo de différents points de vue

cheminée raffinerie 21 mai vue depuis silo

Le symbole de toute une région

La raffinerie de Collombey a pendant de nombreuses années été un site industriel majeur pour la région du Chablais. Exploitées par différentes sociétés depuis son ouverture en 1963, c’est sans conteste le groupe Tamoil qui aura contribué au plus grand développement du site avec des extensions cruciales pour une production optimisée.

En soixante ans, les deux cheminées étaient devenues un véritable symbole de la région, voire un point de repère : leur vision indiquait qu’on arrivait en Valais. La disparition de ces deux structures n’est ainsi pas seulement la fin d’une industrie, c’est aussi la chute d’un symbole établi depuis longtemps dans la vallée du Rhône.

Les préparatifs du minage ont demandé de grands préparatifs en amont, orchestrés par les sociétés TSM et Cardem. Abattre une cheminée, c’est un peu comme abattre un arbre. Une partie du diamètre est scié vers la base pour la fragiliser. De l’autre côté, les charges explosives sont placées pour éclater la partie non sciée. Ainsi préparée, la chute de la cheminée peut être calculée avec beaucoup de précision, moyennant un certain guidage. Pour Collombey, ce sera 50kg d’explosifs répartis entre les deux tours.

Je n’étais pas certain de pouvoir assister à l’événement jusqu’à la veille du 21 mai. Cela m’aurait profondément déçu de ne pouvoir être présent, il y a tellement de souvenirs pour moi avec cette raffinerie ! Il est environ 13h15 lorsque j’arrive sur place, rejoignant un groupe d’amis qui avaient organisé le point de vue, au sommet de deux silos agricoles à proximité de la raffinerie. Le minage est prévu à 14h00, il reste 45 minutes pour poser le setup de prise de vue.

L’attente avant la fin

cheminées raffinerie collombey avant explosion
Quatre jours avant le minage

Sur un tas de terre, droit en face des deux cheminées, une petite foule de gens commence à se former pour assister de près au minage. De nombreux curieux sont présents, et beaucoup ont avec eux leur équipement photo également. Près de la ferme, il y a du monde aussi, et il n’y aura pas la place pour tout le monde sur les silos. Après un petit check à leur sommet, je choisis pour ma part de rester en bas, perché sur des balles de foin. La veille, j’imaginais réaliser un vlog sur la démolition de ces cheminées, mais le timing un peu trop stressant lors de ma matinée ailleurs ne m’a pas placé dans de bonnes conditions pour une telle production. Au moins, je peux être là, et j’ai de quoi capturer des images moi aussi ! L’essentiel est de pouvoir vivre l’événement.

Le périmètre de la raffinerie est bouclé : la sécurité est présente à chaque intersection avec la route longeant la raffinerie, des ambulances stationnent non loin, prêtes à intervenir au besoin. Dans le ciel, des drones se promènent et émettent de puissants cris pour effaroucher les oiseaux avant les explosions. Dans cette ambiance étrange, je sors mon matériel pour capturer la chute de ces deux dames. Nous sommes trois à nous être rabattus sur ce perchoir, légèrement en hauteur, mais sans visuel direct sur le sol à l’intérieur de l’enceinte de la raffinerie. Au moins, nous sommes à l’écart du peuple qui s’est formé sur le tas de terre, ce sera beaucoup plus propre au niveau du son !

La chute des deux géantes

Ayant vu des vidéos des minages du HFB et de la cokerie en Belgique, je m’attends à entendre l’alarme qui doit précéder les explosions. Mais rien de tel pour Collombey. La tension est présente. J’ai hâte de voir ce spectacle, fasciné par ce que ça doit représenter visuellement. Et en même temps, cela m’attriste. J’ai tellement de souvenirs de ce site incroyable.

Setup shooting photo raffinerie

Mon setup est prêt, mais je suis stressé. J’espère que tout fonctionnera. Tout est calme, pendant quelques minutes. Perchés sur nos balles de foin, mes amis et moi attendons le moment fatidique. Je croque mon sandwich en admirant ces structures de 100m de haut qui ne seront bientôt plus que poussière. À 13h59, j’enclenche mes appareils. Ils tournent à vide environ deux minutes, et soudain, un drone d’effarouchement rugit à nouveau. Et la première explosion survient.

Le temps se fige. Et moi aussi. La cheminée de la centrale électrique commence à basculer. C’est irréel, je frissonne à cette vision. Les détonations se succèdent, très vite. En tombant, la couronne de la première cheminée se sépare en pleine chute de la structure et forme comme une auréole au-dessus du nuage de mortier qui s’en échappe. La deuxième cheminée (la plus ancienne et au cœur du procédé de raffinage) s’incline à son tour, alors même que la première n’a pas touché le sol. Plus un mot, plus un geste. C’est tellement hallucinant de voir verser ces deux géantes, si solidement ancrées et aujourd’hui, si impuissantes. La cheminée de 1963 perd elle aussi sa couronne en tombant, et les deux tours s’écrasent au sol avec quelques secondes de décalage, portant jusqu’à nous un fracas de métal tordu.

Un immense nuage de poussière s’épand dans le ciel, malgré l’eau projetée par les canons pour les atténuer. Il s’élargit rapidement et commence à prendre la direction du sud. Notre direction. Peu après, nous serons dedans, et de minuscules particules de poussières de cheminée se déposeront sur tout ce qui se trouve sur le chemin du nuage.

poussière dynamitage cheminée collombey

Peu à peu, je reprends conscience de ce qui se passe autour : les autres personnes qui s’activent pour replier leur matériel, les exclamations émues face au spectacle, les vaches derrière nous qui meuglent après ces détonations, les pompiers qui rentrent à la caserne.

C’est fini. Les cheminées de la raffinerie ont disparu du paysage de Collombey et du Chablais.

Rencontre avec un ancien employé de la raffinerie

Plus tard, nous longeons le Rhône pour observer les décombres. La base de la vieille cheminée est restée «intacte», posée sur son flanc. C’est probablement grâce à la petite salle qui s’y trouvait et qui a dû en renforcer la construction. Tout le reste n’est plus que débris. 4’000 tonnes de béton, répandu au sol.

Alors que nous photographions le vestige, un homme s’approche de nous. C’est un ancien employé de la raffinerie qui y a travaillé près de trente ans. L’émotion est présente : toutes ces années, ça laisse des souvenirs. Il a vu s’étendre la raffinerie. Il a participé aux travaux d’extension, de modernisation. Forcément, voir toute cette énergie matérialisée réduite en poussière, ça fait quelque chose.

décombre cheminée après minage

Il nous explique la structure de la raffinerie, les différentes unités, l’oléoduc et les citernes. Il développe l’historique du site du Collombey, de la raffinerie primaire en 63 à l’installation du cracker, en 2002. Devant notre curiosité, il s’aventure encore à nous vulgariser le procédé de raffinage, en grandes lignes.

Il raconte les grands froids en hiver, lorsque les vannes pneumatiques à l’époque se coinçaient et qu’il fallait impérativement intervenir pour la sécurité de l’exploitation. Il partage des souvenirs où, lors du travail en week-end, ils se faisaient à manger entre collègues, sur place, et que même le directeur se joignait parfois à eux. Ou encore ces apéros en équipe, au sein même de la raffinerie. Une autre époque…

Une époque industrielle révolue

raffinerie collombey 2020

Fermer la raffinerie, c’est fermer une activité industrielle et économique qui a nourri la région pendant des décennies. Les deux cheminées visibles loin à la ronde étaient les derniers vestiges marquants de cette usine. Elles n’étaient pas au goût de tout le monde, certes, mais elles faisaient partie de l’identité du Chablais.

À la raffinerie, il reste maintenant à dégager tous les débris et finir de reconditionner le terrain pour l’avenir. Tout le site doit ainsi faire place en une nouvelle zone d’activités économiques. Si le chantier de la raffinerie elle-même touche bientôt à sa fin, c’est pendant de nombreuses années encore que nous verrons des machines s’animer pour ériger les nouveaux acteurs de la vie.

On peut déplorer que ce patrimoine industriel n’ait pas été un minimum préservé avec un symbole aussi fort qu’une cheminée. Mais heureusement, une partie de l’âme du site restera présente : le bâtiment administratif et les ateliers seront conservés et réaffectés.

raffinerie avant dynamitage
raffinerie après dynamitage

Le souvenir de cette industrie restera présents grâce aux archives. Si tu n’as pas encore lu mon article présentant la raffinerie de Collombey avant son démantèlement, c’est par ici!

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